Sport [Studio Per], Gruppo Nanou

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NOTE D’INTENTION

« Pendant le galop du cheval, il y a un instant où ses quatre jambes se trouvent en suspens sans être pour autant en extension complète. Le corps vu dans sa totalité, en tant qu’instrument de création, joue le rôle principal. Avec l’idée et la nécessité de chercher un langage théâtral complexe et impliquant plusieurs niveaux, capable de réécrire le temps et l’espace et d’altérer notre perception.
Les membres du groupe Nanou partagent leurs propres caractéristiques et spécificités et abordent une pratique basée sur les langages des « relations de scène», perçu dans le montage de films comme une pratique de la synthèse pour un ensemble hétéroclite d’instruments sans aucune hiérarchie. Corps, texte, son et éclairage sont détectés et employés en tant qu’accès linguistique à la composition de l’action de scène ; ils deviennent des termes qui peuvent continuellement décaler le sens de l’action. Le langage de chaque élément n’entend pas former et/ou souligner l’action déjà en place; aucun n’existe plus comme étant au service de l’autre. Tous les instruments sont montrés dans la composition, car tous sont engagés dans quelque chose d’intermédiaire, mis en relation, en dehors d’eux-mêmes, et jamais subordonnés. »

Marco Valerio Amico, Rhuena Bracci et Roberto Rettura – Gruppo Nanou


GRUPPO NANOU

Gruppo Nanou a débuté à Ravenna en juillet 2004 comme un espace destiné à confronter et évaluer les apports et les intérêts d’un jeune groupe d’artistes dans leur recherche et activités. Leur participation comme fi nalistes nominés pour le Scenario Award (2003) à été déterminante dans la consolidation artistique du groupe. Ses membres sont Marco Valerio Amico, Rhuena Bracci et Roberto Rettura. Depuis sa création, le groupe Nanou travaille sur le sens du temps en tant que perte perceptuelle, reconquérant à nouveau la valeur du temps fuyant la valeur et la cadence du « rythme ». Ce travail a amené la compagnie à faire face à la perte liée à l’espace et à se concentrer sur la qualité de perspective de la scène, au-delà de son développement de temporalité. Perspective entendue comme placement de l’action et la scène par rapport à sa profondeur-perspective géométrique, qui constitue un ensemble de circonstances futures qui peuvent être prévues d’un point de vue dramaturgique. Pour avancer vers une agitation de perspective, vers la création d’une perte provisoire de lucidité à travers les concepts de l’hors proportion, de la production et de la reproduction des éléments performatifs capables de saisir le léger détachement d’avec le réel qui me fait replonger avec encore plus de violence dans la réalité.

Créations : Namoro, coproduit par The City Arts of Dublin, remporte le concours et le prix spécial GD’A – Les jeunes auteurs de danse (2004/2005) // Desert-inn (2006) // Sulla Conoscenza Irrazionale dell’Oggetto développé dans le cadre de Moving_Movimento 07(2007) // Project Motel, Prima Stanza [Faccende personali], prix Equilibrio, Rome.


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Sylvain Berteloot

Le travail de Gruppo Nanou est une performance de vingt minutes. Une femme évolue dans un espace noir. Seul un rectangle de lumière blanche est visible, (sa dimension doit être d’environ un mètre de large sur cinq de longueur). La jeune femme, habillée comme une gymnaste, va effectuer plusieurs saltos avant et arrière, de part et d’autre de la largeur de rectangle.… on entend, outre ses sauts, une bande sonore qui suggère des lieux d’efforts ; tel l’intérieur d’un gymnase ou d’une piscine… Des bruits sourds résonent et s’emparent ainsi de l’espace. On pense à des entraînements sportifs, des muscles en tensions, des hommes en travail, avec parfois des salves d’applaudissements, on imagine alors une compétition publique… un tournoi…des jeux…Ces saltos font peur, peut être à cause de la pénombre et du vacarme continu de la bande son. On les regarde avec angoisse, on attend entre crainte et désir, une impossible chute, qui ne survient pas… et ne viendra jamais. Tout est parfaitement réalisé. On a aussi l’impression par le biais du rectangle lumineux et des passages entre ombre, pénombre et lumière, que le mouvement des saltos est fractionné, qu’elle effectue ces fi gures acrobatiques et périlleuses presque au ralenti… La lumière change. La jeune femme quitte l’espace noir et se retrouve recroquevillée sur une table, presque repliée sur elle-même…l’intensité lumineuse reste faible, la bande son devient plus silencieuse, plus abstraite, on entend presque la respiration du corps qui se contorsionne et se déforme dans ce peu de lumière…Une matière en mouvement est ainsi exposée, entre tension et relâchement, dans l’effort et la souplesse. Troisième mouvement, la voilà debout dressée comme un boxeur, elle danse et évite les coups d’un adversaire invisible ou absent, entre combat et chorégraphie, jeux de jambes, maintien du corps et de la tête, respiration continue, jusqu’à l’essoufflement… Le travail de Gruppo Nanou dépasse quelque peu le cadre imposé par Miniatures, on est, ici déjà, en face d’un spectacle presque élaboré : trois parties sont distinctes, mais chacune est reliée à l’autre par la présence de la même bande son et d’un travail basé sur l’univers du sport…Le sport est bien le sujet direct de cette « miniature », le corps dans l’effort, affecté par le désir de compétition et de dépassement de lui-même…si l’amour et la relation à l’autre semblent être lointain, on peut cependant clairement y voir un travail sur l’érotisme des corps dans l’effort qui fait référence à Georges Bataille : « ce qui est en jeu dans l’érotisme, c’est toujours une dissolution des formes constituées »…Et ce plus particulièrement encore, lors du second tableau, où la jeune femme n’est ni une gymnaste en représentation, ni un boxeur en répétition livrant son combat imaginaire, mais bien face à un corps posé sur une table qui se dissout déforme et reconstitue dans une faible lumière et un mouvement continu, tour à tour féminin, masculin, charnel et abstrait…Et si comme l’entend encore Bataille : « le mouvement de l’amour porté à l’extrême est un mouvement de mort » paradoxalement il dévoile aussi : « l’érotisme est dans l’approbation de la vie jusque dans la mort »… La pratique du saut périlleux à plusieurs reprises au-dessus d’un rectangle de lumière, nous évoque ce même mouvement (érotique ) de danger et désir … l’espoir étant comme l’entend Bataille « le désir mais ouvert à la peur » que l’on reproduit dans la jouissance possible d’une chute…


Accueillis en résidence à Celrà, Gérone, par L’animal a l’esquena du 30 mai au 5 juin 2010. Étape de présentation finale du programme Miniatures Officinae 2010-2011 soutenu par la Commission européenne du 27 au 30 avril 2011 à la Townhouse Gallery au Caire.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’animal a l’esquena (Espagne), Indisciplinarte (Italie), El Teatro (Tunisie), Haraka (Egypte)
Avec le soutien de la Commission Européenne dans le cadre du programme Culture 2007-2013, volet Coopération avec les pays tiers pour les années 2010 et 2011.

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