Si je pouvais encore…, Enrico Tedde

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NOTE D’INTENTION

« L’homme émotionnel et affectif, l’homme physique-animal, l’homme pensant-psychique traverse les images de l’amour altérité dans trois tableaux distincts. Comme un enfant, il joue à la danse, en matérialisant l’imaginaire poétique des airs de Piazzolla, effleure le public avec les suggestions de la mer, des nuages, des spirales, des tourbillons de l’infini, du tout et du rien. Les images glissent dans un ventre qui l’enveloppe et l’absorbe. Précipité dans son inconscient, submergé par sa matérialité, emprisonné de l’animal qui le possède, il hurle la douleur de l’homme seul dans lui-même. Tombé dans l’enchevêtrement de ses propres pensées, il remonte à la surface conscient, et il s’accroche au fil de La voix humaine de Cocteau. Impassible, il joue à la duplicité de la relation d’amour tout en servant de médiateur entre Anna Magnani et le public. »

Enrico Tedde


ENRICO TEDDE

Enrico Tedde a reçu sa formation à l’école Folkwang d’Essen en Allemagne. Il étudie ensuite durant deux années la composition avec Jean Cébron qui lui transmet des pièces de son répertoire. En 1992, il devient son assistant. Comme danseur invité au Wuppertaler Tanztheater dirigé par Pina Bausch, il danse pendant 6 ans dans plusieurs pièces de la compagnie. Il fut membre de la compagnie F.T.S. (Folkwang Tanz Studio) durant 4 années, où il se confronta à différentes démarches esthétiques. De 2000 à 2004, Enrico Tedde a été interprète dans la compagnie Raffaella Giordano pour la pièce Senza Titolo. Il crée le duo Ridondanza et le solo Conférence intime, deux pièces courtes qui tournent en Allemagne, en Italie et au Costa Rica. En 1998, il obtient une bourse d’étude pour chorégraphes, par l’institut Stiftung Kunst und Kultur des Landes Nordrhein-Westfalen. Il crée Entre deux en 2002, Passi en 2004 et Living room en 2005 en collaboration avec Virginia Heinen, il danse également dans la pièce Fragile. En 2006 il crée Io sono je suis ich bin (solo). Pédagogue, il est invité par l’école Folkwang d’Essen, par l’Université d’Eredia et par l’école supérieure El Barco du Taller National à San José au Costa Rica et par l’Université d’Amsong en Corée du Sud pour enseigner et réaliser des chorégraphies pour les étudiants. En tant que formateur, il intervient régulièrement au CND à Lyon, au Pacifique / Cie Christiane Blaise à Grenoble, à Danse au Cœur de Chartres, aux Ateliers de Paris-Carolyn Carlson, dans les lycées avec l’option danse au bac dans toute la France. Il enseigne également le Kinomichi, un art du mouvement japonais.


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Fred Kahn

Enrico Tedde ne cesse dans son travail d’artiste de mêler les sensation, comme autant de prises possibles pour faire émerger un langage sensible commun. Il puise dans des matières et dans des formes apparemment hétérogènes, propose des agencements singuliers afin de relier entre eux les différents fils de l’existence. Sa Miniature s’inscrit parfaitement dans ce souci de rendre partageable les dualités amoureuses qui, in fine, renforcent notre sentiment de solitude. Enrico Tedde a ainsi répondu à la commande de L’Officina en proposant trois « mini miniatures », trois états d’être, trois manières de vivre la relation amoureuse. « Je me suis laissé traverser par des souvenirs qui résonnaient avec cette problématique amoureuse, déclarait l’artiste suite à la première présentation publique de son travail. Sont ainsi apparues des images cohérentes de l’amour impossible que j’ai essayé de faire vivre en moi dans l’espace de représentation que L’Officina m’offrait. » La première partie s’inspire d’une chanson de Piazzolla, Si je pouvais encore, qui évoque avec énormément de poésie un amour empêché. « Je tente d’habiter ce texte avec mon corps en convoquant des images : la mer, des mouvements en spirale, le vertige… ». Pour évoquer d’autant plus fortement ces sensations, Enrico Tedde joue avec une toile en plastique, tour à tour, vague, lame de fond, voile tendue au vent, puis cocon protecteur dans lequel l’artiste finira par s’envelopper. « Dans cet abri, je me transforme. Je me déshabille et prend l’apparence d’un minotaure. » Deuxième métamorphose donc pour faire émerger cette part animale qui reste constamment tapie en nous. Là encore, la figure mythologique de cet être mi-homme mi-taureau, esquisse de nombreuses pistes d’amour inaccessible. Alors le corps se déploie dans toute son amplitude. Il se tend, se morcelle, se déchire… Puis imperceptiblement, cette bestialité ouvre sur une autre forme de violence tout aussi destructrice, mais plus insidieuse, plus pernicieuse. Dernier acte. Pendant que l’homme se rhabille, résonne une bande son extraite d’Amour, un film de Roberto Rossellini. Anna Magnani interprète en italien La Voix humaine de Cocteau. Enrico Tedde traduit ce texte d’une manière distanciée, un peu froide. Il devient ainsi l’interlocuteur d’Anna Magnani. L’amant cruel qui l’a éconduit et qui ne partage pas, plus, cette passion? Ce parti pris rend d’autant plus pathétique le désarroi de cette femme abandonnée et qui finira littéralement calcinée par l’amour. La proposition s’achève donc sur une séparation irrémédiable. La parenthèse spectaculaire se referme. Rien n’a été résolu. On aura beau se jeter corps et âme dans le désir de l’autre, on ne le possèdera jamais entièrement. L’altérité résiste. Et c’est tant mieux.


Accueilli en résidence à Marseille par L’Officina du 14 au 20 février 2010. Étape de présentation finale du programme Miniatures Maroc les 16 et 17 avril 2010 à la Villa des Arts de Casablanca.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’association Les Rencontres de la danse (Casablanca, Maroc)
Avec le soutien du  La Convention CulturesFrance / Ville de Marseille et de la Direction des Relations Internationales du Conseil Général des Bouches-du-Rhône .

© Juliette Horçourigaray

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