Mon amour Cairo, Leo Castro

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NOTE D’INTENTION

« La proposition est d’explorer la caméra vidéo comme outil, de manière à affirmer des regards à travers des fragments enregistrés, des perspectives et des points de vue différents qui parlent de la qualité de l’amour ou de courtes histoires dans lesquelles des signes possibles et des symboles peuvent être vus. Ces prémices sont utiles pour commencer à marcher et tracer des pistes, être, observer, porter notre regard sur des lieux qui ne sont pas les nôtres.
Le traçage d’itinéraires avec la caméra incluent des lieux particuliers, encore à définir, de différents moments du jour, et toute situation qui pourrait survenir pendant le trajet. Je formule plusieurs questions d’ordre général qui me sont aussi utiles pour guider et centrer cette exploration, de manière à commencer à arpenter une culture qui n’est pas la mienne. »

Leo Castro


DÉMARCHE

«Lorsqu’on m’a proposé de prendre part au projet Miniatures avec la possibilité de voir un autre pays et sa culture, la première chose qui me soit venue à l’esprit a été la nécessité de travailler et de construire un tracé en images. S’est fait jour le besoin de continuer la recherche avec la camera vidéo, d’abord parce que cela me donnait la possibilité de développer le travail que j’avais en cours. Qu’avais-je besoin de faire ? C’était la première question, et d’après les conditions qui m’étaient offertes par le projet j’ai pensé à :
Possibilité 1/ une courte performance avec une caméra
Possibilité 2/ une courte performance sur l’amour avec une caméra
Possibilité 3/ une miniature en scène sur l’amour bien sûr avec une caméra en live.
Je pensais au Caire et aux conditions « de timing » : cela devait faire 15 mn, suivant les conditions reliées à l’opportunité qui m’était offerte. Ensuite l’image changea et vint la possibilité de tracer les rues et d’observer les gens. Pour moi cela signifiait d’aller dans les rues avec ma caméra comme instrument d’écriture sur place dans le moment présent ou suivant… Le défi auquel je me confrontais se précisa : construire un regard à partir des images. L’objectif : comment rendre possible le registre de l’amour ? Comment filmer l’amour? Comment rendre quoique ce soit de possible depuis l’amour ? Qu’est-ce que ça signifie? L’amour comme objectif: l’amour comme thème, l’amour comme intrigue, l’amour comme corps, l’amour comme moyen concret de porter un regard sur ce qui nous entoure, l’amour comme contexte construit par soi-même, et après ? Comment rendre possible la contribution de l’amour au tournage et à l’enregistrement ? Comment rendre possible la perception de l’amour ? Je me pose ces questions principalement parce que je vais à un endroit que je ne connais pas, et donc je ne sais pas ce que j’y trouverai.
Bien sur je me rends compte que ce que je me propose de faire c’est d’aller dans un territoire où je me suis déjà trouvée, bien que de manière intuitive, et sincèrement parlant je ne peux pas affirmer en avoir le contrôle – Je n’ai pas encore de manuel professionnel pour garantir un résultat final. De toute manière je ne peux éviter de faire cela. Quand je réfléchissais là-dessus j’ai aussi réalisé que tout cela avait quelque chose à voir avec l’amour même. C’est inévitable.»

Leo Castro


LEO CASTRO

Licenciée en Philosophie de l’Université de Barcelone en 1996, elle a commencé sa formation d’actrice entre 1992 et 1997 à l’atelier de la méthode Stanislavski/Strasberg et suit ensuite une formation en cirque, où elle travaillera comme trapéziste pendant deux ans. Elle a commencé à étudier la danse contemporaine en 1996, se formant à plusieurs techniques et participant à divers ateliers et séminaires de recherche avec : Benoît Lachambre, Ruth Zaporah, Mark Tompkins, Lisa Nelson, Moreno Bernardi, Maria Muñoz, Cathie Caraker, Kirstie Simson, Martin Keogh, Frey Faust, DD Dovilier et Julyen Hamilton. En 1999, elle co-fonde le Collectif SIAMB, dédié à la formation en improvisation et les techniques d’improvisation Contact. Entre 1999-2000, elle travaille comme actrice au sein du Théâtre National de Catalogne avec Georges Lavaudant (Théâtre de l’Odeon/Paris) et Magda Puyo. Elle travaille aussi pour la télévision Tv3/Tvc (1998-1999/ 2003-2004). Elle a travaillé pour plusieurs compagnies de danse à Barcelone: Senza Tempo (1998-1999), Sol Picó (2002-2003-2006), Konic thtr (2005-2006). Depuis 2004, elle travaille régulièrement avec Mal Pelo, chez qui elle a commencé à développer son propre travail (Amadou 2009).


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Sylvain Berteloot

La miniature de Léo Castro n’était pas encore aboutie et mise en forme à la fin de sa résidence. La présentation publique consista à montrer des extraits du film qu’elle a par la suite finalisé en fonction des critiques et commentaires qui lui ont été faits durant ce temps de rencontres et d’échanges autour de son travail en cours. Sa matière vidéo se composait de différents types d’images sur la ville et la vie du Caire, paysage humain et paysage urbain dialoguant ainsi ensemble dans un regard tendre. Léo Castro, avec l’aide de son compagnon Pablo, ne voulait pas créer un documentaire mais un film imaginaire où la sensibilité de Léo et sa vision intime de cette ville qu’elle ne connaissait pas et qu’elle a découvert avec amour et étonnement en la sillonnant avec sa caméra durant toute sa résidence s’alimentait aussi de l’écriture distante et fictive de son compagnon.
Au fil des images, des personnages apparaissaient comme pour décrire un instant de vie, privé ou public, une réflexion sur le monde, sur la solitude, sur l’amour.
La forme, celle d’une vidéo, respectait le cadre de Miniatures, le film devant par la suite devenir un moyen-métrage d’une demi-heure. La thématique inhérente au projet était aussi présente dans les extraits montrés lors de cette sortie de résidence, puisque Léo est allée à la rencontre de cette ville étrangère et s’est laissée affecter par les émotions intimes que provoquait chez elle cette terre étrangère, cet autre territoire, cherchant ainsi dans l’Autre sa poésie particulière comme toute sa richesse propre. Léo a ensuite dialogué avec le public présent qui a reconnu la qualité esthétique des images et des extraits vidéo présentés, mais a dans l’ensemble critiqué le risque de faire un fi lm carte postale sur l’exotisme de l’étranger de l’Autre. Léo avait conscience de ce risque, elle a su expliquer qu’elle était elle aussi étrangère dans une ville qu’elle ne connaissait pas et une culture qu’elle découvrait. L’exotisme, les images d’Epinal qu’on pouvait lui reprocher seraient dans la seconde partie de son travail, à savoir le montage, tempérés par l’histoire et les commentaires audio qui viendront éclairer et faire résonner le sens de l’image d’une autre façon…plus intime et distancié à la fois.
On est différent comme les autres. La recherche de Léo Castro lors de la présentation de son travail ne se résumait pas à une fascination esthétique de l’autre ou de l’étranger, de l’autochtone évoluant dans sa cité sous le regard d’une européenne mais bien à un dialogue réel, un échange entre une jeune artiste espagnole et les habitants rencontrés au gré de ses pérégrinations dans une mégalopole étrangère à l’heure de la globalisation du monde.
Il ne s’agit pas d’image volée, de scène intime dérobée, Léo ayant pris soin presque à chaque fois de se faire accepter dans le paysage, les espaces et les lieux publics ou privés où elle voulait filmer, en demandant simplement l’autorisation et, si on l’avait auparavant averti de la difficulté de filmer en Egypte, elle a agi comme elle aurait fait en Europe ou partout dans le monde : en s’adressant directement aux personnes, non pas comme un touriste voulant consommer l’exotisme de l’autre sans respecter sa culture mais dans une logique d’échange et de rencontre.
Travail poétique et sensible, entre documentaire et fiction, le film qu’elle a monté par la suite apporte d’une certaine manière un éclairage étrange sur la ville du Caire, un mois avant la Révolution… et si rien ne pouvait faire anticiper ces bouleversements politiques majeurs, le film de Léo Castro prend en quelque sorte la température du Caire, entre tension sociale et résignation, tradition et changement, en dépassant de loin les clichés occidentaux, le choc des civilisations et les stéréotype ambiants véhiculés par l’ethnocentrisme européen.
Son approche parfois naïve fait finalement de son film une peinture authentique du Caire, généreuse et humaine, plein d’impression et de question, où des femmes, des enfants et des hommes évoluent dans leur quotidien et essaient de vivre ensemble.


Accueillie en résidence au Caire par Haraka du 12 au 18 décembre 2010. Étape de présentation finale du programme Miniatures Officinae 2010-2011 soutenu par la Commission européenne du 27 au 30 avril 2011 à la Townhouse Gallery au Caire.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’animal a l’esquena (Espagne), Indisciplinarte (Italie), El Teatro (Tunisie), Haraka (Egypte)
Avec le soutien de la Commission Européenne dans le cadre du programme Culture 2007-2013, volet Coopération avec les pays tiers pour les années 2010 et 2011.

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