Minyaturesite, Filiz Sizanli

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NOTE D’INTENTION

« “Minyaturesite” porte sur le traitement du monde construit comme une extension de notre conscience faite corps. C’est une recherche sur les manières de fabriquer notre propre monde à l’aide d’objets manufacturés, dans le but de compenser les fragilités de notre condition faite de sens.
Je dévoile comment certains environnements urbains et/ou domestiques que je nomme « architecture incommode », transforment la fragilité en vulnérabilité et impuissance. Comment les lieux créent-ils des situations aux effets incapacitants, comment acclimatent-ils le corps dans ses extensions vocales. »

Filiz Sizanli


FILIZ SIZANLI

Diplômée du département d’Architecture de l’Istanbul Technical University en 1997, elle participe après ses études à différents projets menés par le Theater Research Laboratory d’Istanbul Metroplitan Municipality Theater entre 1998 et 2000 . En 2001, elle recoit une bourse d’étude de l’Institut Culturel Français pour participer au programme EX.ER.CE du Centre National Chorégraphique de Montpellier et participe ainsi aux performances de Mustafa Kaplan, Mathilde Monnier, Emmanuelle Huynh.
En 2001, elle co-réalise Üç Ayak, sa première création en collaboration avec Mustafa Kaplan, au Zurich Theater Spectakel, et continue avec Sek Sek en 2003 (présenté à Dansem cette même année) et en collaboration avec le CND de Paris.
En 2005, elle crée sa première pièce solo Solum. En 2007, elle cosigne de nouveau avec Mustafa Kaplan la chorégraphie de Graf, coproduit par le Festival Montpellier Danse, et par les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint-Denis.
Elle est l’une des fondatrices de la compagnie Taldans et du CATI Studio, basés à Istanbul. A noter qu’elle est présente sur Dansem depuis 2002 avec Transform-(a)-ction et Dolap de Mustafa Kaplan, Sek Sek (2003), Solum (2005), Dokuman (2009), et a participé au projet Mos-Aï-Que de L’Officina (2006/2007).


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Sylvain Berteloot

À l’avant-veille de la présentation publique au Carré d’art à El Teatro, le travail de Filiz Sizanli était alors une performance chorégraphique d’un quart d’heure. Filiz progresse très lentement dans l’espace, dans une position pénible, la tête penchée vers le haut, le visage presque parallèle au plafond, son apparence semble abstraite. Ne pouvant voir de visage, on distingue des jambes, un torse, un cou qui, pas après-pas, évoluent ensemble et en souffrance. On observe ainsi une forme étrange et douloureuse, ayant grâce à son anatomie générale, l’aspect d’un corps humain, sans pourtant posséder de genre…Outre l’abstraction du corps, Filiz poussait de manière continue, un cri ou plutôt un son indéfinissable. Ce cri se fait l’écho direct de la douleur du corps…On pense alors à un animal étrange qui avance malgré lui dans la douleur et dans la crainte…Au fi l de sa lente progression, on peut aussi imaginer par la position du visage que Filiz tente de déchiffrer des caractères invisibles inscrits sur le plafond.
Finalement, Filiz achève son premier mouvement, se redresse puis propose de nouvelles variations de positions de corps à l’arrêt. On peut désormais regarder son visage et y lire des expressions…On entend aussi sa respiration…Un sentiment de bien être et de repos se dégage. Il contraste fortement avec la marche abstraite, douloureuse et sonore. Un autre temps et un autre espace existent. Filiz est immobile et semble, entre silences et soupirs, se déplacer sur et dans elle même. On n’est plus devant une « abstraction de chair » ou à un « animal étrange » mais face à une femme qui respire. Une bande son faite d’onomatopées est diffusée, on l’écoute comme autant des souvenirs de voyages dans des villes étrangères, des espaces traversés, de lieux visités… Des traces d’ailleurs qui restent et que la mémoire reconstitue.
Le sujet de sa création entre en résonance avec la problématique propre à l’ensemble du projet Miniatures Officinae, et en particularité sur la dimension du corps affecté. Cependant, il n’est pas ici directement question du rapport au prochain (au petit autre) tel que nous le connaissons dans la relation amoureuse mais bien de l’Autre dans sa radicalité, c’est-à-dire le territoire inconnu, étrange…Différent… Objet du désir. Filiz explore les traces inhérentes de pouvoir ou d’impuissance que les constructions imposent, exposent ou essayent de cacher…La relation à l’autre est donc traitée métaphoriquement, l’autre étant tour à tour objet, matière ou élément d’une construction physique et matérielle … Il est vu comme une extension positive ou négative de l’homme, de son imaginaire. Le corps est affecté par ces éléments de l’extérieur, qui sont perçus comme des événements intimes. Site (nom de la miniature) questionne l’hospitalité des environnements dans lesquels l’être humain évolue : habitat, structure, objet…, Filiz Sizanli étudie les différentes manières dont nous habitons, reconstruisons ou subissons l’espace, qu’il soit intime ou urbain afin de compenser notre condition sensible. Le monde apparaît alors comme une extension des corps et des consciences.


Accueillie en résidence à Tunis par El Teatro du 10 au 16 mai 2010. Étape de présentation finale du programme Miniatures Officinae 2010-2011 soutenu par la Commission européenne du 27 au 30 avril 2011 à la Townhouse Gallery au Caire.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’Animal a l’Esquena (Espagne), Indisciplinarte (Italie), El Teatro (Tunisie), Haraka (Egypte)
Avec le soutien de : la Commission Européenne dans le cadre du programme Culture 2007-2013, volet Coopération avec les pays tiers pour les années 2010 et 2011.

© Andrea Abbatangelo

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