Miniature love dance, Shayma Aziz

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NOTE D’INTENTION

« Le projet proposé porte sur l’amour. Ou son absence. La vidéo est placée dans une pièce, avec pour background le bleu du ciel. Les danseurs portent les costumes qui sont faits de petits patches, des vêtements soigneusement cousus ensemble, révélant des parties de la chair, on verrait de la calligraphie de l’ancienne poésie érotique arabe, écrite sur des morceaux des vêtements. Là où le cœur est, il n’y a aucun tissu. Le cœur sera révélé à l’air. Les mouvements seront des mouvements très courts, des tentatives de contact. Tentatives pour se sentir, pour entendre leurs souffles. Les yeux essayent d’exprimer leur amour, se réunissent une fois et ne se réunissent pas quand les corps se retournent de l’autre côté pendant que la danse disparaît. La danse indique l’état de romance dans la société arabe. On ne permet pas aux amoureux de se toucher, s’embrasser ou s’étreindre. On ne leur permet pas d’exprimer leurs sentiments en public.
Ainsi, nos amoureux, quand ils se réunissent en privé, ne savent quoi faire de leurs corps. Ils tendent à exécuter une auto-censure et à produire des mouvements hésitants pour venir plus près l’un de l’autre. Les mouvements seront ceux de l’érotisme opprimé, et le son reflétera ce qui passe par leur tête, soupirs et gémissements, sons du plaisir sexuel qui exprime des sentiments d’accomplissement. Son du désir. L’appareil-photo les espionne, appareil-photo tenu à la main, un troisième œil les observant. Dans la société arabe il y a beaucoup de voyeurisme, les gens se regardent toujours l’un, l’autre, observent les mouvements, commentent les actions et les histoires d’autrui. Je veux que l’appareil-photo agisse comme la société observant les amoureux. Attendant d’eux qu’ils commettent le péché du contact, attendant de les punir. Mais ce sont des individus auto-censurés, ils sont trop attentifs pour commettre ce péché. La vidéo disparaît, le spectateur s’attendra à ce que leurs corps se réunissent. Ils continuent à essayer de se toucher mais ils ne le font jamais.
Cela dure trop longtemps, 15 minutes de répétitions des mêmes mouvements et d’autres mouvements qu’ils essayent de faire, ils s’épuisent à l’essai et à l’échec. Ils s’effondrent. »

Shayma Aziz


SHAYMA AZIZ :

Née en 1981 à Asyut en Egypte, Shayma Aziz obtient un diplôme en peinture à la faculté des Beaux Arts de Luxor (Egypte). Elle a exposé ses oeuvres en Egypte et dans le monde entier : à la Maison de Zico à Beyrouth avec l’exposition Des femmes dans noir (2009) et à la Galerie 5 ème étage avec Contrast in Still Motion(2006). Elle travaille depuis 2010 sur la vidéo et plus particulièrement sur l’art de l’animation, pour des productions telles que Anxiety et Take me Back to Caire-Remake. Actuellement elle vit et travaille au Caire.


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Sylvain Berteloot

La miniature de Shayma Aziz lors de sa sortie de résidence consistait en un diaporama de dessins photographiés. Ces dessins représentaient deux corps, une femme et un homme, et ont été par la suite assemblés dans un montage pour constituer un court métrage d’animation. L’esthétique de Shayma Aziz est singulière, poétique et belle. Le film qu’elle a monté raconte simplement la vie de deux amoureux dans la ville du Caire, leur difficulté à s’aimer, la puissance comme la pudeur de leurs désirs, le respect de leur tradition et leurs envies de liberté Pudique et beau, sensible et émouvant, ce court film d’animation fait penser aux amoureux de Chagall. La qualité du dessin et la sincérité du propos comme la simplicité de l’histoire font toute la force de cette miniature concrète qui respecte parfaitement la thématique propre au projet dans sa forme comme dans son propos. Le contexte du Caire y est évoqué délicatement comme la puissance de l’amour y est dévoilée avec douceur.


Accueillie en résidence à Marseille par L’Officina du 13 au 18 février 2011. Étape de présentation finale du programme Miniatures Officinae 2010-2011 soutenu par la Commission européenne du 27 au 30 avril 2011 à la Townhouse Gallery au Caire.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’animal a l’esquena (Espagne), Indisciplinarte (Italie), El Teatro (Tunisie), Haraka (Egypte)
Avec le soutien de la Commission Européenne dans le cadre du programme Culture 2007-2013, volet Coopération avec les pays tiers pour les années 2010 et 2011.

© Shayma Aziz

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