Construction amoureuse, Carme Torrent

NOTE D’INTENTION

« Ni commencement ni fin
Constellation chanceuse
Commencer sans préambules (Fragments à l’intérieur de fragments sans fin)
Corps connus et à connaitre
Espaces sensibles
Complexité
L’idée toujours à re-inventer, réviser encore
« La résistance au logocentrisme a une meilleure occasion d’apparaître dans l’expérience du spacing »
L’expérience de contexte ouvrant à d’autres regards fixes un espace pour l’exploration créant le contexte nécessaire d’où observer, pour observer cet espace remuer.
La même attitude d’exploration en regardant cet espace et les événements produits en lui
Changements de tonalité les changements grammaticaux de la personne et de tout acquiert la « spatialité »
Habitation de l’insignifi ance, chaque endroit est une occasion, rien ne peut être définitif sont dits et effacés une fois parlé. Ils ne deviennent pas mouvements catégoriques et substantiels, ni complètement et ce n’est pas parce qu’ils manquent quelque chose mais – pour manquer de ce qu’ils offrent –
Mouvements de haute mer
Dès qu’ils fusionneront, ils disparaîtront ;
Eviter la tentation du « remplissez le vide »
Pas par soustraction mais par la vidange, par son potentiel de ne pas devenir son propre être, jamais
Que se produit-il dans l’intervalle ?
Entrer dans la fréquence, se mettre en orbite, secteurs de l’intensité, des graduations, des écoulements. « Quand elle commence son voyage sans but particulier, (sans rechercher le salut) et trouve un autre voyageur, qu’elle identifie au son »
jeux de relation, touches sans fin
lancement, pour jeter le corps dans le vide
un individu impersonnel. Dans la mesure où cet individu feint d’être rempli de contenu, être chargé de mouvements sensibles, gagnant un sédiment, un poids, qui mène l’individu vers une profondeur, qui devient terre et base. Que sans endroit, ce n’est pas la base des lieux, c’est ce qui empêche une fragmentation durable, et nourrit d’ailleurs d’insignifiance tout ce qui est autorisé à devenir un potentiel de possibilités. sans précédent.
Fabriquant, refaisant et défaisant un horizon mobile, un centre jamais décentralisé, une périphérie constamment
déplacée qui les répète et différencie.
- pour offrir le vide
« Il s’agit d’un chuchotement continu, un renversement éternel. Agité, un déploiement indéfini des mouvements, capable de ce qui est insignifiant. »
peut-être
– de quoi parler, et ce qui – donc taire
- un espace articulé une terrain de jeu
Nomadisme
La force de l’ambivalence.

Si nous mettons de côté le concept de l’amour, alors que reste t-il en nous ? »

Carme Torrent


CARME TORRENT

Carme Torrent a étudié l’architecture à l’Université de Barcelone, tout en travaillant dans divers cabinets d’architectes, y compris l’architecte Enric Miralles (1986-1994). Elle collabore également avec l’artiste-interprète Alexis Taulé avec qui elle participe aux Jours d’action à Palau de la Virreina et Metrònom (Barcelone, 1994-1996) et elle participe à l’installation de l’artiste Javier Peñafi el Agence pour la sentimentalité, présentée à l’espace de La Capella (Barcelone), puis également présentée au Brésil, Allemagne, Italie. Elle travaille avec la compagnie de danse Raravis Andres Corchero – Rosa Munoz (1996-1999). En même temps, elle chorégraphie et crée diverses pièces: MO présenté en première à la Sala Beckett (1996) sur texte de Javier Peñafi el, Blind quarter présenté à Marseille (1998), NOT SEE, au CCCB de Barcelone, et dans le cadre Programme Voyage en Polynésie (2000), avec la danseuse Bea Fernandez. Ces pièces ont été présentées en France, en Hollande, en Allemagne et au Japon. Elle a également collaboré avec le collectif de musique et de danse improvisées Barcelone IBA (1996 à 2001) et participe à la première édition du festival de musique et de danse improvisées à Barcelone au Théâtre à L’Espai (2001). Intéressée par le travail sur la météorologie du corps, technique développée par Min Tanaka et Hisako Horikawa, et basée sur la danse japonaise de Butô, elle se rend régulièrement au Japon avec la compagnie Tokason menée par Min Tanaka (2000-2009). Elle participe à divers festivals en Asie et à New York. Depuis 2001, elle fait partie de l’association culturelle Sospechosa, collectif qui produit de divers projets avec un regard sur le corps et la pensée contemporaine. Elle codirige le projet Derribos présenté au CCCB (2003 et 2004) et dans le Nau Coclea Camallera et reçoit le Visual Arts Award KRTU du département culturel du Generalitat de la Catalogne. Avec Constanza Brncic, elle développe le projet pédagogique de création, Comment nous observons, nous percevons, écoutons le corps, qui fait partie d’action 11 sur la musique de Joan Saura. Parallèlement, elle travaille avec la compagnie Sol Picó, participe au programme Caldeira de La exprès avec Julyen Hamilton (2004) et continue sa collaboration avec Constanza Brncic, pour De los Márgenes,(2005-2006). Elle danse avec le chorégraphe japonais Hisako Horikawa pour Personas a punto de romperse coproduit par L’Animal a l’Esquena et présenté en première au festival Temporada Alta de Girona (2005). Carme Torrent participe à Madrid-Barcelone Puente Aereo, qui a eu lieu à la Casa Encendida (Madrid 2006) et créée la pièce You ! coproduite par La Porta et présentée en première au festival LP07 (Barcelone, mars 2007). Elle collabore régulièrement avec le danseur et le chorégraphe Carmelo Salazar dans le projet de recherche The natural thing is to move (Sala Metrónom, Barcelone/2007). Elle a fait partie du collectif Farda – plateforme pour la création, avec Carmelo Salazar et Ruben Ramos (2007-2008). Par ailleurs, Carme Torrent donne des ateliers à l’Université d’architecture de Barcelone (2007), participe aux tables rondes Architecture et Danse du festival du TNT 2008. Elle enseigne dans le programme M.A du MACAPD (Girona-Ljubljana-Dartington, 2008-2010). Elle travaille actuellement sur un projet de recherche Moving about nothing pour un espace collectif de réflexion/pratique.


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Fred Kahn

La Miniature est intrinsèquement un processus d’inachèvement. Elle évolue au gré des configurations et des tentatives. La forme présentée ne peut jamais prétendre se suffire à elle-même, puisqu’elle est conçue pour entrer en résonance avec d’autres Miniatures. Grâce à ce jeu d’écho, impossible que le sens s’épuise ou se fige. La démarche de Carme Torrent repose sur ce principe de remise en question permanente du devenir de l’œuvre. Face à la complexité infinie du monde, elle pose des actes chorégraphiques qui, en procédant d’un mouvement corporel, n’ont pas d’autre finalité que de se réinventer perpétuellement. Cette artiste utilise le corps en tant que mode de connaissance à part entière. Et pour nous faire percevoir l’épaisseur et la profondeur de l’espace, elle compose avec lui, avec cette matière, un peu comme le peintre compose avec sa toile. Pas étonnant d’ailleurs que Carme Torrent se soit d’abord orientée vers des études d’architecture, « une manière d’envisager, avec la société, comment penser une ville ». Parallèlement, elle a développé une pratique sportive de haut niveau : le basket. Mais, à 19 ans, une maladie l’oblige à abandonner cette discipline. La danse lui apparaît alors comme le moyen de continuer à s’exprimer physiquement, mais « sur un mode plus doux ». Huit années de formation en danse classique et contemporaine… Carme Torrent a trouvé sa voie : « Cette expérience me touchait directement dans mes émotions. Comment faire sortir l’intensité de la vie, ces forces qui nous traversent ? Je ne pense pas que ce soit possible avec la parole. Mais avec le corps, oui ». Cette quête d’une langue qui échapperait au logocentrisme a conduit l’artiste à se passionner pour le butô. Elle a ainsi travaillé avec Hisako Horikawa et avec la compagnie Tokason dirigée par Min Tanaka. « J’ai découvert une vision du corps plus ouverte que dans la danse occidentale et une approche complètement différente du monde, de la relation à l’autre, à la collectivité. Dans le butô tu ne danses pas dans un lieu. Tu danses le lieu ». A partir de ce socle, Carme Torrent a exploré de multiples pistes chorégraphiques. Elle a notamment participé, avec l’association La Sospechosa, à une recherche/action sur la relation entre le corps et les nouvelles technologies, elle a collaboré à plusieurs propositions de Constanza Brncic, créé un spectacle avec le musicien Ferran Fages. Elle a aussi travaillé avec Julyen Hamilton, Carmelo Salazar… En regard à cette implication dans des projets collectifs, elle a toujours développé une pratique en solo. Dans la solitude, elle peut expérimenter jusque dans ses derniers retranchements, tout le potentiel d’expression de son corps, « des qualités d’intensités très différentes ». Creuser ainsi ce sillon lui permet d’inventer un langage qui transcende toute logique narrative. Comment s’est-elle saisie de la problématique amoureuse et comment à partir de cette question a-t-elle construit sa Miniature ? « Je laisse mon corps disponible à ce qui va lui parler. Toni Cots, qui accompagne ce projet, m’a fait lire Eloge de l’amour du philosophe Alain Badiou*. Je suis aussi imprégnée d’images, de sons, de sensations… Et bien sûr du rapport à l’espace ». Autant de pistes d’explorations potentielles. Impossible de toute façon de représenter l’amour. Par contre, l’artiste peut s’engager à nous inscrire dans une temporalité autre, dans une expérience de la durée qui pourrait s’apparenter à celle de la passion amoureuse. La rencontre est improbable et pourtant, elle advient. « L’amour est une aventure obstinée, écrit Alain Badiou. Un amour véritable est celui qui triomphe durablement, parfois durement, des obstacles que l’espace, le monde et le temps lui proposent ». L’événement artistique, bien qu’apparemment éphémère, procède aussi d’une construction durable. Il nous rend disponible à l’autre, nous en rapproche. Mais, cette confiance réciproque ne relève pas tant d’une illusoire fusion que de la conscience d’une séparation, d’une altérité. Elle se construit donc dans un écart, à l’intérieur d’un vide que Carme Torrent ne cherche surtout pas à remplir. « Le vide n’est pas le néant, mais un potentiel qui ouvre les lieux à l’indétermination ». Et par là même à l’infini… Amoureux ?

* Alain Badiou, Eloge de l’amour. Collection Café Voltaire, éditions Flammarion. 2009. 91p


Accueillie en résidence à Marseille par L’Officina du 9 au 15 janvier 2011. Étape de présentation finale du programme Miniatures Officinae 2010-2011 soutenu par la Commission européenne du 27 au 30 avril 2011 à la Townhouse Gallery au Caire.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’animal a l’esquena (Espagne), Indisciplinarte (Italie), El Teatro (Tunisie), Haraka (Egypte)
Avec le soutien de la Commission Européenne dans le cadre du programme Culture 2007-2013, volet Coopération avec les pays tiers pour les années 2010 et 2011.

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