California Dreamer, Christophe Haleb

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NOTE D’INTENTION

Cosmos and Garden

« Premier mouvement inaperçu
Je pense à un modèle réduit
Pour retrouver la gravité
L’enfance de l’homme
Dans la frivolité
Des nouveaux commencements
Comment rêver l’espace du geste?
Nécessaire
L’orange dans l’argent
Le rose dans le vert
Jusqu’au vert sombre
Changement d’échelle
Je pense à ton corps qui bondit
sous ma caresse
La douleur qui bande ton slip
La chambre au soleil, le tapis volant
Le goût d’autres amours
Les soupirs de la mer
Les singes et les pandas bears »

Christophe Haleb


CHRISTOPHE HALEB

Christophe Haleb suit une formation de danse classique puis, dans les années 80, fait plusieurs séjours à New-York où il obtient une bourse d’étude au studio Lester Horton. Il participe aux masterclasses de Twyla Tharp, Lar Lubovitch, Robert Kovitch et suit l’enseignement de Peter Goss et Dominique Bagouet. Avec Anne Koren (mouvement/release) et Lisa Nelson, il expérimente un travail sur les perceptions et le mouvement. La pratique du Feldenkrais et du Body-Mind Centering ainsi que des sessions de danse contact improvisation avec Gilles Musard, Mark Tompkins, Steve Paxton nourrissent son rapport au mouvement.
À partir de 1983, il devient interprète avec Rui Horta, Anne Dreyfus, Andy Degroat, Angelin Preljocaj, Daniel Larrieu, François Verret. En 1993, il fonde sa propre compagnie : La Zouze – cie Christophe Haleb. Chacun de ses projets développe des collaborations et complicités artistiques multiples. La Zouze fonctionne comme un laboratoire expérimental qui génère des formes hétérogènes croisant et confrontant différents médium. Elle porte une attention particulière aux sujets et à l’idée de communauté. À la frontière du théâtre dansé et de la performance, son travail s’inspire toujours d’un contexte concret, questionne l’état du monde et ses impacts sur le corps, la réalité et le rêve des êtres . Créations pour plateau et créations in situ 2006/2010 : 2010 : Liquide // 2009 : Evelyne House Of Shame – création in situ, Salon artistique itinérant // 2009 : EHOS #, Palais de la Bourse, CCIMP Marseille, avec Le Merlan // 2009 : EHOS#2, Palais Longchamp, Musée des Beaux-Arts, au Festival de Marseille // 2008 : 2Fresh2Die – la révolte de la chair


REGARD SUR LA MINIATURE

Rédigé par Sylvain Berteloot

Christophe Haleb a présenté sa performance itinérante, dans différents espaces de Caos à Terni. Il s’est d’abord entretenu avec la grande statue d’un caniche plastique rouge, oeuvre d’art loufoque qu’il humanise par des paroles de désirs et d’amour et qu’il prénomme Woofie. Woofi e fait l’objet des confessions et confidences intimes, du personnage incarné par Christophe, homme étrange, victime de sa propre paranoïa, n’osant plus aller à la salle de sport, de peur qu’on se moque de lui ou qu’on lui casse la gueule mais qui par ailleurs dit merveilleusement danser. Le chien est perçu comme un dieu insensible qui se moque des caresses affectives voire sexuelles de l’homme, ne réponds pas à ses prières et désirs, ne l’entends pas, ni ne réagit. Un totem qui se moque du sacrifice…du transfert… L’homme est ainsi face à l’objet immobile et muet de son désir étrange : un magnifique caniche rouge de sexe masculin qui demeure inanimé, c’est-à-dire littéralement sans âme et sans chair. L’objet du désir est donc dans ce premier tableau, une matière morte à laquelle l’homme essaye en vain d’insuffler vie. Le second mouvement se construit autour d’un autre texte : le personnage ne raconte plus ses confidences à la représentation plastique et paradoxale d’un chien rouge mais parle directement à ses semblables (en l’occurrence le public), assis sur un divan et traduit simultanément en italien par un complice qui le masse.
Le texte s’intitule California dreamer, celui qui rêve la Californie, qui l’invente, la construit, la pense, et la Californie qu’il nous propose est purement sexuelle et pornographique (selon Breton : « la pornographie, c’est l’érotisme des autres »), il se dit lui même porno star. Le langage et la parole ne seraient que source de manipulation, tromperies et jeux de pouvoir alors que le sexe est direct. Une apologie du sexuel, à travers une petite conférence provocante et comique nous dévoile une autre conception sensible et sensuelle du monde . Le dernier mouvement est simplement physique. Christophe quitte le divan, vêtu de nouveaux habits, un costume abstrait qui évoque vaguement une peau de bête et des chaussures rouge et blanche de femme à talon haut…il monte ainsi facilement un escalier. Il n’y est plus fait usage de la parole, le personnage ainsi transformé déambule à l’espace supérieur, il porte des talons , mais il s’agit d’un homme. Un autre homme ou un homme nouveau sans visage apparaît.
Le bruit des talons sur le sol est selon la course ou la marche plus ou moins sonore. Au lointain, il esquisse de la main une gestuelle étrange. prières ? signes ? appels ? reconnaissances ?…on ne sait pas… Il danse désormais de dos et se libère de ses vêtements à l’exception de son pantalon puis il fi nit crucifi é et torse nu, parmi les chaînes de métaux d’une machinerie d’usine. Le sujet du projet Miniatures est traité dans sa totalité. Il est question d’amour de corps affectés, de relation à l’Autre. Grotesque, provocant puis abstrait, le travail de Christophe propose une miniature en mouvement, son corps est son lieu… et l’autre se trouve dans l’objet qu’il désire ou dessine comme dans les regards que l’on porte sur lui… Interactive et intime, sa miniature parle directement de sexe, d’identité des genres…


Portrait

Rédigé par Fred Kahn

Artiste du débordement.
Les spectacles de Christophe Haleb agissent à l’endroit d’une réconciliation entre des émotions, des sensations, des pensées et des postures a priori inconciliables. Sa biographie témoigne d’ailleurs de cette capacité à non seulement se nourrir d’influences différentes, mais surtout à les mettre en synergie et en fusion. Des jeux amoureux ? Oui mais sans frontières. « Il n’y a pas ici de séparation entre le geste artistique, le geste existentiel et le geste politique ».Ces propos extraits du dossier de présentation de Liquide, le dernier spectacle de Christophe Haleb, nous mettent en présence d’un artiste appréciant guère les barrages et les territoires occupés. Voici en tout cas une incitation à considérer que la biographie et l’œuvre vont s’éclairer mutuellement. Et effectivement, Christophe Haleb, 46 ans, vit comme il crée : avec passion et toujours en quête d’ailleurs. Il a d’abord suivi une formation de danse classique. Mais, dès les années 80, il bifurque. Il part aux Etats-Unis où il se frotte à la liberté improvisatrice de Mark Tomptins, Steve Paxton et Lisa Nelson. Après avoir été interprète, notamment chez Rui Horta, Angelin Preljocaj, Daniel Larrieu et François Verret, il fonde la compagnie La Zouze en 1993. Pourquoi la danse ? « J’ai trouvé ce langage adapté à ma perception du monde. Je me suis toujours senti dans une liberté de mouvement et de pensée qui évolue avec l’age, les élans, les doutes, les joies… Cette pratique correspond sans doute à la mobilité de mon identité et de l’expérience que je fais de la vie ». Le déplacement est une constante chez cet artiste qui, après avoir vécu 25 ans à Paris, a décidé de s’installer à Marseille. Et comme par hasard, ses spectacles se construisent dans une tension constante entre le centre et la périphérie, la norme et la marginalité. Quant au dépaysement que procure cette œuvre, elle est à l’image de la curiosité d’un homme qui ne cesse de voyager à travers le monde. Quand nous l’avons rencontré pour réaliser ce portrait, il revenait juste de Colombie. Il intervient également au Chili, porte un projet méditerranéen pour 2013… Il est aussi en résidence à Uzès où il anime des ateliers avec les patients d’un hôpital psychiatrique. Et dès cette année, il entamera une nouvelle résidence au Forum, scène conventionnée du Blanc Mesnil. Un hyper actif qui « peut être très fainéant » et revendique « le droit de s’amuser comme un enfant sans chercher à être productif ». En fait, il se laisse « infiltrer » par toutes ces expériences de vie. Jusqu’à ce que « quelque chose cristallise » en lui.

Le passage
Comme un caméléon Christophe Haleb semble avoir un don inné pour se fondre dans une architecture, dans un lieu, dans une scénographie pour y faire surgir l’immédiateté créatrice. Scène de théâtre, bâtiment industriel, espace plus ou moins public… La compagnie génère à chaque fois des processus de fabrication très divers : réalisations in-situ, écritures scéniques, fictions photographiques, salons artistiques… Et un monde s’invente grâce à cette distance spectaculaire. L’univers ainsi révélé nous est à la fois étranger et étonnamment familier. Il se joue à l’endroit de notre altérité tout en exacerbant notre condition commune d’animale humain. Les figures qu’il invente tracent leur chemin, sans se compromettre, dans l’entrelacs de jeux politiques et sociaux aux règles absurdes et souvent inutilement coercitifs. Tout se décide sans doute dans l’écart entre l’espace intime et celui de la représentation, de l’exposition. Le corps est bien sûr le médiateur de cette relation. Un corps habité et relié à d’autres individus dans une tentative toujours renouvelée de faire société. La Zouze, s’acharne, malgré les difficultés économiques, à fonctionner comme une vraie compagnie. Christophe Haleb entretient de fortes fidélités avec des artistes qui, en retour, nourrissent généreusement le travail. « La danse est une forme invitante, elle est porteuse d’une grande capacité d’accueil de porosité aux autres arts ». La multiplicité des singularités, des points de vue et des savoir faire, converge pour construire un objet spectaculaire et miroir de nos êtres diffractés. « J’amène une intuition, j’oriente, mais les danseurs sont responsables du matériaux qu’ils portent sur le plateau ».

« Et soudain l’amour devient respirable… »
Des spectacles provoquant ? Les spectacles de Christophe Haleb sont subversifs, mais finalement très pudiques. La mise à nue ne dévoile que l’insupportable prétention à la transparence de nos sociétés contemporaines. La transgression, qu’elle soit sexuelle, sociale ou symbolique, concerne les leurres moraux qui entravent notre liberté de mouvement autant physique qu’intellectuelle et l’apparent désordre régnant parfois sur scène n’est que la traduction d’une quête d’unité illimité. Sa dernière création, Liquide, s’attaque justement de front à la question de l’amour… Et infini s’il vous plait. Pas idéal, juste humain. Une histoire de fluide, autrement dit de feeling. « La force des êtres réside dans leur fragilité. C’est à cet endroit qu’ils sont beaux. Je cherche à faire ressortir la capacité des gens à trouver un appui en eux qui leur permettra de rire de situations qui autrement seraient tragiques ». D’ailleurs, son art hybride se moque des codes esthétiques dominants. « Pour continuer à avancer il faut recréer à partir de l’histoire de l’art, mais cet héritage peut très vite nous alourdir ». La haute culture pédante et mortifère, très peu pour lui. Il préfère « l’exode en emportant uniquement ce qui est léger ». Alors il rêve d’une île. Certainement dionysiaque. Et, pour s’en rapprocher, il a traversé de multiples océans, parfois en fureurs. La Miniature qu’il a réalisé n’est qu’un jalon de plus. Quelques gestes et images éphémères jetés à la face de l’éternité. Ce pourrait être infime et dérisoire. Mais nous savons tous que les atomes qui nous composent composent aussi les étoiles.


Accueilli en résidence à Terni par Indisciplinarte du 5 au 12 juillet 2010. Étape de présentation finale du programme Miniatures Officinae 2010-2011 soutenu par la Commission européenne du 27 au 30 avril 2011 à la Townhouse Gallery au Caire.
Production : L’Officina-atelier marseillais de production (Marseille, France)
Coproduction : L’animal a l’esquena (Espagne), Indisciplinarte (Italie), El Teatro (Tunisie), Haraka (Egypte)
Avec le soutien de la Commission Européenne dans le cadre du programme Culture 2007-2013, volet Coopération avec les pays tiers pour les années 2010 et 2011.

© Christophe Haleb

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